À la rencontre de soi

Pour mieux comprendre l'ego, il faut d'abord comprendre qui nous sommes. Imaginez-vous comme un cercle, une entité complète. À l'intérieur de ce cercle, trois composantes essentielles : le "corps-ça", le "je" et la personnalité.

  • Le "corps-ça" : C'est une part de nous qui est passive, le "ça". Elle est activée par ce qui se passe autour de nous. C'est la part de nous qui ressent les émotions et les sensations associées, dans notre corps. Voilà pourquoi on associe les mots "corps-ça".

Cette part là prenait beaucoup de place lorsque nous étions tout petit. En effet, le nourrisson est fortement activé par tout ce qui lui arrive. C'est non seulement son visage mais aussi tout son corps qui expriment la faim, la colère, la frustration...

Aujourd'hui c'est par exemple lorsque quelqu'un émet une critique en réunion. Cela peut vous énerver, surtout si c'est à votre encontre. Votre corps-ça est activé. Vous ressentez dans votre corps des sensations désagréables.

  • Le "je" : C'est la part de nous qui est active, celle qui observe, discerne, décide et agit.

Elle se forge dès les premiers mois quand le bébé remarque que sa cuillère qui tombe fait du bruit et que papa se baisse pour la ramasser. Il découvre qu'il peut la laisser tomber à nouveau et que papa la ramasse à nouveau, puis qu'à la troisième fois papa s'énerve...

Le "je" c'est la part de nous avec laquelle nous prenons les rênes de notre existence, celle qui écrit notre vie.

Par exemple, lorsque je décide de réserver un créneau régulier dans mon agenda pour envoyer des messages de soutien à mes proches, c'est mon "je" qui agit après avoir discerné combien c'est important pour moi de soutenir les autres.

  • La personnalité : C'est là que nous stockons tout ce que nous pensons de nous-mêmes, des autres et du monde. C'est notre grenier, où s'accumulent nos croyances, nos valeurs, nos perceptions.

Par exemple, une personne qui pense "je suis timide", "le monde est dangereux", "je ne peux pas compter sur les autres", cela fait partie de sa personnalité.

Il y a encore une autre composante en nous, qui existe depuis toujours : c'est l'Être. Elle est là fidèle, depuis notre naissance, intacte. C'est dans l'Être que nous sommes vraiment nous.

Pour moi, c'est par exemple lorsque je chante. Les gens l'entendent. C'est là que je suis le plus moi-même, alignée avec mon Être !

Le "je" et ses trois étages

Pour mieux comprendre l'ego, il faut commencer par explorer davantage le "je" et ses trois étages. Imaginez une maison avec une cave, un rez-de-chaussée et un étage, avec un balcon !

  1. Le "je négatif" : c'est celui qui est à la cave, le lieu où l'on se réfugie pour la survie. C'est cette partie de nous qui est toujours en alerte, qui cherche à nous protéger des dangers. Dès que notre "corps-ça" ressent uns peur, le "je négatif" vole à notre secours !

Par exemple, lorsqu'une personne propose une autre idée que celle qui vous tient à coeur, vous craignez qu'elle emporte l'adhésion du groupe et que votre suggestion passe à la trape. Immédiatement votre "je négatif" s'active pour pointer tous les inconvénients !

  1. Le "je positif" : c'est celui qui est au rez-de-chaussée, le lieu de la vie. C'est cette partie de nous qui s'applique à regarder les choses telles qu'elles sont. Elle nous permet d'objectiver, de faire des choix constructifs, de vivre pleinement.

Si l'on n'y prend pas garde, on est plus souvent à la cave, dans la survie. Cela demande un effort de monter au rez-de-chaussée. C'est par exemple, avec mon "je positif" décider de méditer chaque matin, pour commencer ma journée avec sérénité.

  1. Le "je aligné" : c'est celui qui est à l'étage, là où l'on peut admirer la vue au loin. C'est cette partie de nous qui est connectée à notre Être. C'est lorsque nous sommes alignés avec nous-mêmes, en harmonie ou encore dans un ressenti d'évidence.

Personnellement c'est quand, tout à coup, tout m'apparaît clair, évident. Je ne sais pas d'où cela me vient mais je sais d'expérience que ma clarté est précieuse pour ceux à qui je la partage. Ce sont des moments où je suis dans le "je aligné".

L'ego, notre protecteur

Cette fois nous allons pouvoir parler d'ego.

L'ego c'est tout simplement notre "je négatif", cette part qui veille sur nous. Il est là pour assurer notre survie, pour nous défendre en cas de danger.

L'ego se développe en fonction de notre histoire, de nos blessures, de nos manques. Il prend forme en fonction de ce que nous avons vécu.

Par exemple, si nous avons manqué de tendresse dans notre enfance, notre ego a appris à nous protéger, peut-être derrière une certaine froideur. Si nous avons manqué d'encouragements, il a développé des stratégies pour compenser cette absence, peut-être un côté guerrier.

Aujourd'hui notre ego est rodé, efficace. Mais est-ce qu'il ne prend pas trop de place ? Est-ce qu'il est toujours pertinent qu'il s'impose d'emblée ? Y a-t-il vraiment un danger ? Une autre attitude ne serait-elle pas plus adaptée ?

Apprivoiser son ego

C'est là qu'il devient intéressant d'apprivoiser son ego, d'apprendre à le réguler. Après une rapide évaluation de la situation, on peut lui dire : "Merci, j'ai compris qu'il y a une peur en moi, mais là, je ne suis pas vraiment en danger, je n'ai pas besoin de toi. Retourne à la cave."

Apprivoiser son ego, c'est apprendre à le remercier pour les fiers services qu'il nous rend, à démasquer son empressement et à le remercier quand on n'a pas besoin de lui. C'est le remettre à sa juste place : ni le rejeter, ni le laisser prendre le contrôle.

La prochaine fois que votre ego monte au créneau pour défendre votre point de vue, demandez-vous : est-ce vraiment nécessaire ? Est-ce que la situation mérite une telle réaction ?

Apprivoiser votre ego, c'est apprendre à remarquer ces moments, à discerner de plus en plus vite et à réguler votre comportement, à choisir de remonter au rez-de-chaussée là où la vie est plus sympathique !

Devenir pleinement soi

Devenir pleinement soi, c'est sortir d'un fonctionnement trop automatique, c'est redonner de la place à toutes les composantes de nous-même : notre "corps-ça" et tout ce qu'il ressent, y compris le plus agréable, notre "je positif" et son ouverture à la vie, notre "je aligné" et son sentiment de plénitude.

Devenir pleinement soi, c'est apprendre à vivre en harmonie, en paix avec notre ego et en lien avec notre Être.

Et vous, quand est-ce que votre ego monte au créneau ? Où en êtes-vous de l'apprivoiser ?
Parlons-en.