On parle en Gestalt thérapie d'ajustement créateur de l’enfance. Un ajustement qui a été salvateur à l’époque. Mais lorsque le même comportement est reproduit aujourd’hui, ce n’est plus adapté !

Mélanie et son besoin d'appartenance

Mélanie a commencé un coaching car elle souhaitait changer de travail.

Nous avions commencé par faire le bilan de son parcours scolaire et professionnel. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui l'avait conduit à évoluer dans une direction plutôt qu'une autre, ni à l'école, ni durant les études.

De fait, son récit était confus, mais en l'écoutant attentivement, je remarquais des contradictions : résultats scolaires très moyens à l'époque, capacités intellectuelles remarquées aujourd'hui, « nulle en français » au lycée, forte attirance pour les métiers de la communication aujourd'hui…

Mélanie ne semblait pas remarquer ces contradictions. Elle me racontait ses années lycée, une seule amie qui avait très peu de capacités, sa révolte face à ce constat. Elle en était arrivée à souhaiter que ses propres capacités lui soient enlevée pour être données à cette fille.

Par la suite, Mélanie me raconta qu'elle n'avait pas toujours été « nulle en français ». Elle l'était devenue. Cherchant à éclairer ce pan de son histoire, elle se rappela qu'elle avait un jour donné son livre de math à quelqu'un, que cela l'avait empêchée ensuite de travailler.

Alors j'ai suggéré : ce souhait que vos capacités vous soient enlevées, vous l'auriez réalisé vous-même ?

Aïe ! Et bien oui, face au besoin impérieux de se sentir proche de sa seule amie, Mélanie avait inconsciemment procédé à un ajustement créateur. Et ça l’avait sauvé.

Et maintenant ? Laissant derrière elle le sentiment de culpabilité – c'était la seule façon qu'elle avait trouvé pour passer ce cap difficile de l'adolescence – elle souhaitait entreprendre une formation pour accéder au métier qui l'attirait.

Aline et son besoin de se protéger

Aline a commencé la thérapie car elle voulait réussir à entrer dans la vie active.

Elle venait de décrocher son diplôme, non sans difficulté, car la maladie l'accompagnait, une dépression. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle savait seulement décrire une irrépressible procrastination qui avait commencé pendant les premières années d'étude et qui était devenue maladive.

Lorsqu'elle luttait pour passer à l'action, le malaise devenait insoutenable. L'abandon procurait un tel soulagement qu'il semblait la seule solution. Mais Aline voulait pourtant avancer. Et elle y parvenait malgré tout.

La jeune femme constatait l'ironie de sa situation. Au lycée elle se rappelait s'être demandée : comment peut-on ne pas être heureux ?! Avec le recul cela lui semblait arrogant et elle était contente d'avoir développé plus d'humilité grâce à l'épreuve de la maladie.

Mais Aline n'avait pas conscience de ce qui se jouait à l'époque et que je compris en l'écoutant. Elle vivait une situation très difficile à la maison : une soeur dont le trouble psychiatrique rendait la vie familiale très complexe, avec des violences et des parents débordés.

Sans le savoir, Aline cherchait à se convaincre qu'elle pourrait un jour être heureuse. C'était sans compter un accident de parcours : un jour, une telle rage contre sa soeur l’avait prise, qu'elle s'était battue avec elle, mue par le désir de la tuer.

L'épuisement avait mis fin à la bagarre mais Aline en était marquée : elle gardait désormais au fond d'elle la peur de tuer.

Alors je suggérai : depuis, sans vous en rendre compte, il y a en vous un interdit de passer à l'action pour ne pas risquer de tuer ?

Aïe ! Et oui, face au besoin impérieux de se protéger de sa puissance, Aline avait inconsciemment procédé à un ajustement créateur, qui l’avait sauvée.

Et maintenant ? « J'aime ma soeur. Nous nous entendons beaucoup mieux et je veux être heureuse. »

Tâcher d'être heureux est l'affaire de toute une vie. Certains itinéraires sont complexes mais l'élan vital est puissant. Patiemment, il se fraye un chemin.

Et vous, qu'avez-vous parfois l'impression de vous infliger ? Aimeriez-vous changer ça ?

Parlons-en.