Le don est un comportement naturel
Commençons par rappeler que le don est un comportement naturel. On pourrait en douter lorsqu'on constate le chacun pour soi. On pourrait aussi croire le contraire en considérant les efforts nécessaires pour éduquer les enfants au partage.
C'est vrai. Mais des expériences scientifiques montrent que le tout petit enfant, lorsqu'il joue au pied d'un adulte qui étend du linge, ramasse naturellement la pince à linge tombée au sol et la rend à l'adulte. Naturellement, le tout petit aide l'adulte qu'il perçoit en difficulté.
Pourquoi le don serait-il naturel ?
Simplement parce que l'être humain sait au fond de lui qu'il a besoin des autres et ne peut pas survivre seul. Il a besoin d’appartenir à un groupe, une société où se déploie la solidarité. Il donne parce qu'il sait qu’un jour lui aussi aura besoin des autres.
L'être humain donne parce qu'il a besoin des autres
En même temps, cet élan du don peut effectivement se perdre. Des expériences scientifiques montrent que si un comportement naturel est récompensé par exemple par des primes, non seulement il ne se généralise pas mais globalement il se perd.
De fait, on éduque mieux un enfant au partage en l'aidant à se mettre à la place de l'autre, en lui permettant de ressentir l'envie que les autres partagent avec lui, qu'en le récompensant pour son comportement.
Prenez le temps de vous questionner : quand avez-vous eu vraiment besoin de la générosité des autres ?
Pas de don sans contre-don
Poursuivons avec l'affirmation de Marcel Mauss : il n'y a pas de don sans contre-don.
On pourrait en douter lorsque l'on donne à quelqu'un qui n'a rien. Ce serait s'arrêter à la seule dimension matérielle, réductrice.
Entrons plutôt en nous pour observer que lorsque nous avons reçu, par exemple une invitation ou un service, nous nous sentons en dette. Nous cherchons comment rendre l'invitation ou le service. Et de fait, ce sera parfois sous une autre forme, par exemple un cadeau.
Le don ce n'est donc pas qu'une circulation dans la société, c'est aussi un aller-retour entre deux personnes. Je donne de mon temps à un demandeur d'asile, je reçois de la reconnaissance et un cadeau symbolique lorsqu'il obtient ses papiers.
Mais attention, quand je donne, si j’attends en retour, ce n’est plus vraiment du don. En quelque sorte, j’achète ce que j'espère en retour. Du coup je risque d'être parfois déçu ou mécontent. Des telles émotions sont le signe que mon don n'était pas désintéressé !
Prenez le temps de vous questionner : là où je donne beaucoup, qu’est-ce que je reçois en retour ?
Osons maintenant nous interroger si nous avons l'impression de beaucoup donner.
Si je donne trop, qu’est-ce que cela dit de moi ?
Il y a toujours un équilibre du don, globalement dans la société et entre deux personnes. Face à l'impression de déséquilibre, il est intéressant de s'interroger.
Aurais-je trop besoin de donner ? Et dans quel but ? Pour écraser l'autre de ma supériorité ? Ou pour le retenir ?
Il est plus facile de reconnaître ces déviations du don chez les autres !
Vous connaissez certainement une personne dont on a envie de repousser les dons tant ils sont envahissants. Vous pouvez certainement reconnaître s'il est question de supériorité ou de vous attacher.
On peut imaginer d'autres raisons : donner beaucoup de son temps pour s'oublier, donner tout ce qu'on a pour ne rien garder, pour ne pas recevoir.
Alors, qu'espérez vous en donnant autant ?
Et si j’ai l’impression de ne pas assez recevoir ?
Il y a toujours un équilibre du don. C'est une circulation et le don revient immanquablement vers nous. Si ce n'est pas par la porte, ce sera par la fenêtre, si ce n'est sous une forme, ce sera sous une autre.
Alors si j'ai l'impression de ne pas recevoir assez, c'est que je suis fermée à ce qui vient, que je ne le remarque pas.
- Peut-être parce que je suis protégée : trop peur de l'inconnu, de me sentir fragilisé, de trahir une loyauté familiale...
- Peut-être parce que mon attention est focalisée ailleurs : sur ce que j'aimerais recevoir et sur les personnes de qui j'aimerais que cela vienne.
Il m'est ainsi arrivé d'attendre juste de la bienveillance de la part de quelques collègues proches. Elle n'est jamais venue. Et quel étonnement lors de mon pot de départ, de recevoir autant de sympathie de la part de tous les autres. Ils étaient si nombreux et si sincères.
Rien n'est figé. Si vous le désirez, vous pouvez élargir le champ de votre attention, cultiver une perception plus fine et remarquer tout ce que vous recevez. Promis, ça fait du bien.
Que dites-vous de tout ça ?
Auriez-vous envie d'ajuster quelque chose dans votre façon de donner ? Plus de gratuité ? Plus de conscience ? Plus à votre encontre ?...
Parlons-en !


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