Effectivement, cela fait partie du chemin de la thérapie de se laisser toucher aujourd'hui par ce qui s'est passé hier. Cela permet de débloquer les émotions qui restaient coincées en soi, de les libérer et de trouver une nouvelle disponibilité pour écrire sa vie avec les ressources d'aujourd'hui.
De fait, par la thérapie ou d'autres chemins, c'est dans l'ordre des choses : à l'âge adulte, prendre le relais de ses parents, développer la capacité de prendre soin de son enfant intérieur, l'accompagner à se réparer et l'encourager à reprendre son développement.
À l'adulte désormais, de prendre soin de son enfant intérieur
En revanche, ce qui n'est pas du tout dans l'ordre des choses et que je constate souvent dans mon cabinet, c'est l'inverse : tous ces adultes qui, comme lorsqu'ils étaient enfants, continuent à se soucier des besoins de leurs parents, tels qu'ils les ont perçus à l'époque.
Je pense à Marine dont la mère était gravement dépressive lorsqu'elle était petite. Du haut de ses deux ans, Marine s'inquiétait de sortir sa mère du noir de la chambre où elle passait ses journées. Aujourd'hui Marine a du mal à se défaire de la préoccupation de la santé de sa mère et à faire sa propre vie.
C'est aussi Titouan dont le père s'est senti coupable d'avoir laissé ses enfants livrés à eux-même juste après son divorce. La situation familiale s'est ré-équilibrée, mais Titouan est encore encombré du souci que son père ne culpabilise pas de mal s'occuper de lui. C'est lourd à porter pour un adolescent !
Constatant à quel point cette inversion de sens prive mes clients de se consacrer à leur propre vie, j'explique que ce n'est pas le rôle d'un enfant de se préoccuper de son parent.
Ce n'est pas le rôle d'un enfant de se préoccuper de son parent !
S'il y a une responsabilité des parents à subvenir à tous les besoins de leur enfant jusqu'à l'âge adulte, en revanche, l'inverse n'est pas dans l'ordre des choses. Qu'un enfant se préoccupe des besoins de ses parents, c'est le monde à l'envers.
Mes clients apprécient d'entendre cela. Ils en éprouvent un début de soulagement. Mais je vois bien qu'ils ont besoin d'aide pour mieux comprendre. Alors je sors toutes mes tasses à café et je mets en scène la lignée familiale :
- une tasse pour mon client
- derrière lui, une plus grande tasse pour son parent
- derrière lui, une autre tasse pour son propre parent
- si mon client a déjà un enfant, j'ajoute une petite tasse devant lui…
Attirant l'attention sur le sens que j'ai donné aux tasses – anses derrière – j'explique que chacun doit regarder dans le sens de la vie, vers l'avenir, que chacun doit prendre soin de celui qui vient après lui.
Chacun doit prendre soin de celui qui vient après lui
Puis je retourne la tasse qui représente mon client et il voit par lui-même, qu'en se préoccupant de son parent, c'est comme s'il tournait le dos à sa propre vie, comme si l'eau de la rivière cherchait à remonter vers la source, un contresens !
Il m'arrive d'aller plus loin, de prolonger l'exercice au niveau corporel. J'invite mon client à se lever et à se tourner vers son avenir. Me positionnant derrière lui, je pose mes mains sur ses épaules. Alors il peut sentir le soutien que cela procure, la force qui passe dans ce geste, l'énergie qui circule.
Et vous, quel réajustement aimeriez-vous faire dans votre façon de vous positionner dans la vie ?
Parlons-en !

